Nikolaus Bodenmüller (1945)

Nikolaus Bodenmüller (1945) a dédié un pan entier de sa vie au monde de la vigne et du vin, constituant durant son temps libre, à raison de plusieurs heures par jours dès ses 25 ans, une fabuleuse et tentaculaire collection d’étiquettes de vins.

Avec plus de 400'000 documents provenant non seulement des domaines viticoles valaisans mais aussi du monde entier, la collection de ce natif de Viège représente un témoignage matériel et visuel unique de l’histoire culturelle vinicole suisse et internationale. À travers ses multiples ramifications, cette collection graphique – une des plus grandes d’Europe – offre, en effet, un regard inédit sur la production patrimoniale de 89 pays, du Tibet à Hawaï en passant par la Thaïlande.

La partie valaisanne, constituée de plus de 100'000 échantillons rassemblés en 180 albums, forme un des joyaux de cet ensemble spectaculaire. Depuis 2021, la Médiathèque Valais - Sion est l’heureuse détentrice de ce fond permettant de retracer des décennies d’évolutions politiques, culturelles et économiques. En effet, les étiquettes sont des témoins de leur temps, fournissant une matière précieuse pour enquêter sur les transformations des grandes caves valaisannes et des pratiques vigneronnes (variations des contenants, montée en force des spécialités ou des assemblages, etc.), pour comprendre les changements dans la pratique du graphisme, ou pour illustrer des moments iconographiques clés de l’histoire du Valais.

Cette passion surprenante à laquelle s’est consacré cet orthodontiste valaisan prend sa source dans les repas de fêtes de son enfance où l’esthétisme de certaines bouteilles réservées aux occasions spéciales le séduisent ; cette attention aux détails et aux compositions graphiques audacieuses plante les graines d’un engouement qui l’amènera à mettre de côté des spécimens remarquables dès 14-15 ans déjà.

Toutefois, sa curiosité pour le monde du vin s’éveille véritablement durant ses années universitaires. Conquis par la beauté des étiquettes découvertes, il accorde davantage de sérieux et de dévouement à sa collection naissante. Au fur et à mesure, il développe un systématisme et une technicité dans son mode de classement, établissant une organisation qui permet d’identifier régions, dates, vignerons-encaveurs et cépages ; il y ajoute progressivement des entrées thématiques : étiquettes commémoratives, personnages célèbres, Cervin, animaux, signes du zodiaque, bande-dessinée, etc. Pendant les années de COVID, il en profite pour entreprendre également un classement par cépage, du monde entier, et parvient actuellement au chiffre incroyable de 1128 de cépages différents via plus de 6000 étiquettes de sa collection.

En autodidacte, il développe ses connaissances sur les spécificités et terroirs des différents cantons suisses, tous producteurs de vin. Parallèlement à l’édification d’une collection valorisant le patrimoine vinicole national, ses habitudes estudiantines bernoises l’amènent aussi vers les productions du Beaujolais et d’Algérie, plus adaptées à un budget modeste. Par ce biais, il s’ouvre durablement à la découverte de nouveaux horizons gustatifs et graphiques !

Dès lors, il se lance dans une entreprise chronophage et toujours inachevée de recherche tous azimuts, de collecte et de classement. Durant ses après-midis de congé, il part en vadrouille au cœur des vignobles valaisans et, de caves en caves, rencontre des professionnels du vin qui acceptent d’offrir leur contribution à sa collection. En tissant ainsi un riche réseau, il multiplie ses sources, privilégiant toujours la recherche d’équivalence dans les échanges aux transactions pécuniaires. Certaines amitiés, notamment avec l’artiste Albert Chavaz, lui ont également permis d’enrichir sa collection de pièces rares et d’originaux. Sa pratique de collectionneur est marquée par l’échange, le contact, l’établissement de liens de confiance et de respect mutuel. Vignerons-encaveurs, imprimeurs, artistes, confrères collectionneurs et, parfois, brocanteurs : nombreux sont ceux qui ont croisé la route de Nikolaus Bodenmüller !

Pour mener à bien une entreprise d’une telle envergure, Nikolaus investit non seulement du temps mais aussi de l’espace et de l’argent : il navigue entre des centaines de cartons – où est entreposée la majeure partie de sa collection – et albums dont l’élaboration représente un investissement pouvant aller jusqu’à 100 CHF pièce. Une passion envahissante que ne partagent pas forcément ses proches et qui nécessite parfois certains compromis !

Par ce prisme insolite, c’est tout un regard sur la culture du vin qui a pu être affuté. Nikolaus lui-même a contextualisé et mis en perspective ses découvertes grâce à des recherches personnelles en histoire, géographie et viticulture. Au-delà de son apport encyclopédique, sa passion lui aura aussi donné la possibilité de voyager, de rencontrer une multitude de gens, et d’immortaliser des souvenirs : « C’est ça que je trouve sensationnel, qu’une étiquette te donne un souvenir, quelque chose qui reste. Pour certaines, je me rappelle très bien quand j’ai bu la bouteille, où, avec qui, ce qui s’est passé… c’est aussi une grande collection de souvenir que j’ai ! ». Finalement, à travers ce loisir, c’est un goût pour le breuvage lui-même qu’il a entretenu tout en gardant une simplicité et une humilité dans son approche, se qualifiant lui-même de « dégustateur avec de l’expérience, mais avec un avis très subjectif » !

Un livre sur cette collection d’étiquettes est paru en novembre 2025 aux éditions Monographic, sous le titre "Le Valais et ses étiquettes de vin. Collection Nikolaus Bodenmüller. Médiathèque Valais. 100'000 étiquettes pour un terroir".

Disponible chez l’éditeur ou dans les collections de la Médiathèque Valais - Sion : Le Valais et ses étiquettes de vin : La maison d'éditions valaisanne de livres